Ce matin ils ont viré au gris. Caméléon des météos. Ils ont troqué les couleurs vives de leurs petits polos pour les manches longues des gabardines sombres.
Ils ont jeté les sacs à dos remplis de vivres et de cahier de vacances, de billes et de raquettes en bois. Ils ont endossé les lourds cartables en cuir qui sentent bon le bois neufs des crayons, l'odeur douce d'amande des pots de colles qui se mangent. Les cahier sont immaculés en attendant les pattes de mouche de l'apprentissage.
Son papa lui tient la main et l'abrite sous son parapluie noir. Ils traversent le macadam pour rejoindre le portail.
Il se mettra en rang entre les deux platanes. Il secouera ses pieds dans les feuilles orangées que l'automne a commencé à brûler.
Il entendra son nom et il ira rejoindre la ligne moins épaisse de ceux qui seront confié à leur nouvelle maîtresse. Son angoisse se calmera ou s'affirmera au regard de celle qui lui donnera les outils pour entrer dans sa vie à lui.
Première récré. Les petits gars en gris et marrons iront soulever les juppes des fillettes indignées dérangées dans leur partie d'élastique. Elles feront leurs coquettes et lanceront des oeillades aux garçons turbulents.
Ce soir, sa maman aura étrainé les premier plats d'hiver. Tandis que la pénombre de plus en plus précoce masquera la pluie et la grisaille, le petit garçon lira en suivant de son doigts les quelques lignes que sa maîtresse lui aura enseignées.
Dans la cuisine, les vitres se couvriront de la vapeur qui s'échappe de la cocotte, et ça sentira bon ...
Il y a bien longtemps que les rentrées n'ont plus la saveur des marrons grillés et des pots au feu. Il y a bien longtemps que les platanes n'ont pas donné le poil à gratter qui s'emmèlera dans les sous-pulls criards. Et de part la nature, jamais ne sera là le temps de tenir la main de son petit garçon, de l'habiller en gris pour la rpemière fois de l'année, de le prendre par l'épaule sous le prétexte de l'abriter. Jamais pour le petit garçon ne sera cuisiné un bon plat de famille pour qu'il accèpte les nuages qui pleure et la nuit qui tombe trop vite et l'empêche d'aller jouer dehors après s'être exercé aux outils pour entrer dans sa vie à lui.
Et puis de toute façon, même si la fenêtre ment, on n'est qu'en juillet ...