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Mercredi 8 juin 2011 3 08 /06 /Juin /2011 08:02

Par une pudeur qui ne lui est pas coutumière, Léonie prend soin de fermer la porte derrière elle en sortant accueillir son mec.
Au bout de quelques minutes, elle arrive dans la cuisine où j’ai rejoint Lola. Pour je ne sais quelle raison, je m’efforce d’afficher une grande complicité avec la mère de mon amie. Je lui place du  « tu », en veux-tu en voilà, je m’esclaffe bruyamment. Je me surprends même à saisir son avant-bras.
«  Eh beh ! T’es con ou quoi ? », elle me sort en dégageant son bras. Elle me fixe bizarre et retourne à son monologue plombier.

Jérémy apparait derrière Léonie. Il salue poliment son hôte et m’envoie un signe de la main. Je reprends la maitrise de ma voix pour lui sortir un « Salut » caverneux sans aucune authenticité.

Mes deux camarades de classe vont alors s’affaler dans le canapé. Toujours dans la cuisine, je propose bien fort mon aide à Lola. Quelque part dans ma tête, un vieil instinct tordu m’inciterait presque à pisser sur le seuil de la pièce. Néanmoins, après que mon inutilité aux fourneaux ait été établie, je rejoins Jérémy et Léonie.

Il est assis, droit comme un I, à une extrémité du convertible 3 places. Léonie est allongée et repose ses pieds sur ses jambes. En m’entendant rentrer, il glisse sa main droite sur les chevilles de Léonie. Je cherche à m’assoir et m’astreindrais à prendre le fauteuil d’en face.

Je me projette dans l’écran allumé en espérant que le programme m’absorbe et m’aspire suffisamment. Mais les fesses musclées et les seins rebondis dans les maillots orange ne parviennent pas à me distraire. Pourtant, je fais mine d’être obnubilé par le sort des baigneurs californiens imprudents.

Mon subterfuge ne prend pas. Léonie, qui connait mes goûts et notamment mon aversion pour cette série insipide, s’étonne de mon assiduité télévisuelle.
« Eh ben mon Alex, te voila fan de Pam et Mitch ? »
Je feins l’embêtement :
« Hein ? Non … je … enfin … non mais en fait c’est sympa … »
Elle pouffe.

 Je ne sais pas si elle y prend plaisir, mais elle ne peut s’empêcher de me casser.  La plupart du temps, je pense qu’elle ne fait pas gaffe. Parfois, quand même, je la soupçonne d’être un peu perverse.

Dès que je porte le regard sur eux, Jérémy, presque imperceptiblement, intensifie ses caresses et ses mamours. Je me demande si lui aussi n’envisage pas sérieusement de pisser autour du canapé ! Il se donne beaucoup de mal pour rien ! Je m’en fous pas mal ! Ce que je veux, c’est un bon film.  Je propose d’aller chercher une cassette au vidéoclub. J’ai besoin de prendre l’air et quelques instants d’isolement.

Naturellement, avec se grande gueule, il faut que Léonie me soumette l’idée géniale d’y aller tous ensembles !  Jérémy, grand seigneur, propose qu’on prenne sa voiture. Ça aussi, faudra qu’on m’explique comment un élève de terminale L dont les parents sont de simples employés peut avoir une Clio toute neuve sur laquelle il n’a pas besoin de penser à enlever son A à chaque fois !
Léonie ouvre la porte et je me contorsionne en repoussant le fauteuil pour me caller à l’arrière. C’est qu’une trois porte ! Faut quand même pas pousser !

Il conduit comme un con. C’est ahurissant. Et à chaque feu, ils ne peuvent s’empêcher de se lécher la poire.  Au vidéoclub, ça tergiverse. Moi, je me ferais bien une bonne comédie rigolote. Lui, un film d’action. Léonie, casque bleu de notre trio, propose un Almodovar qui met tout le monde d’accord.

En arrivant, je me déploie comme un diable et bondis hors de la voiture. Je rentre sans frapper.

Dolorès a préparé 3 plateaux repas. On récupère nos places respectives. Lola me donne un plateau. Un autre pour sa fille, et le dernier pour elle. Elle s’installe en face de moi et lance le film. Je ne savoure même pas mon privilège. Je lance une œillade en biais. Jérémy se projette dans l’écran allumé en espérant que le programme l’absorbe et l’aspire suffisamment.

Je ressens un vide. J’ai un peu honte et ne me sens pas trop à ma place. J’expédie mon plateau et le ramène à la cuisine. Je ne sais pas si c’est par égard pour moi, mais Jérémy ne caressera pas les jambes de Léonie toujours étendues sur lui. Seuls les commentaires baragouinés de Lola agrémenteront la séance.

A la fin du film, tout le monde se lève. Sauf moi. J’attends que Jérémy s’en aille avant de rejoindre la chambre d’amis. Jérémy, lui, trainera Léonie hors de la pièce pour l’embrasser.

Par Mathieu - Publié dans : A vos suggestions, si vous trouvez un titre !
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 11:26

J’arrive à 15h00. Tandis que j’avance dans l’allée qui m’amène au milieu des pins, j’entends la voix de la matrone malgré mon casque et le bruit du moteur de ma mobylette.

On ne sait jamais si Dolorès hurle ou rigole : elle raconte une blague et engueule sa fille avec la même véhémence.
Léonie m’accueille sous la terrasse. Je prends la température, prêt à faire demi-tour si le temps était à l’orage. Au sourire de Léonie, je comprends que tout va bien.

De loin, Lola me fait signe d’avancer ma bécane dans le garage. Puis sans injonction ni salutations, elle me sort :
« T’as intérêt à lui faire bosser l’anglais, parce que j’te signale que vous avez interro demain !
- Bonjour Lola, je réponds
- Oui oui, c’est ça, bonjour … »
Elle me claque une bise, allume une clope et s’en va dans sa cuisine.

Léonie, pour la forme, a préparé les cours sur la table en plastique de la cuisine. Je m’assoie pendant qu’elle part chercher deux canettes de coca.

En bruit de font, les ronchonnements de Lola me font toujours marrer. Quand elle est face à son évier, elle marmonne des trucs incompréhensibles, et de temps en temps, elle devient plus intelligible en haussant le ton et en articulant des mises en garde, le plus souvent à l’attention de Léonie.
Lola passe environ quatre heures par jours à ruminer devant son robinet. Je trouve qu’elle se fait beaucoup trop de souci, mais la vérité, c’est que ça me fait bien marrer.
« Mmmioummimmiimoiuomuiouiuio … Qu’est-ce qui vont fouttre encore, ces gosses ? Mouumuoiuomuoiuommmiiouii … Déconnez pas, vous bossez, hein ! Alex, t’as entendu ?
- J’ai entendu Super Lola !, je réponds en me marrant en silence, Et les voisins aussi ! T’inquiète, on s’y met …
 

 Ces petites incivilités que je peux me permettre avec la mère de Léonie renforce mon sentiment d’avoir une place dans leur vie.

J’inspire profondément. Je suis protégé du soleil par le grand balcon en bois qui longe tout le premier étage. A cette heure, la résine brûlante perle sur l’écorce des arbres, et ça sent bon les bonbons qu’on prend quand on a mal à la gorge. Sous le vent qui souffle par franche bourrasques tièdes, la terre légère et sèche des Landes se soulève et vient piquer mes jambes. Les bougonnages de Dolorès participent à ma petite évasion. Quand Léonie me rejoint à la table, je suis disposé à bosser l’anglais.

En fin d’après midi, Léonie décrète qu’elle n’est pas assez bien pour accueillir Jérémy, avec qui elle sort depuis quelques semaines.
On bâcle un peu l’anglais, et sans crier gare, elle file en courant dans sa chambre. Elle en revient au bout de quelques secondes avec une fiole marron-rouge estampillée L’oréal : il est près de 18h00, et Léonie veut des reflets rouges dans les cheveux …
Vu la tête qu’elle fait, genre de moue enfantine et morveuse, je sais exactement où elle veut en venir.
«  Non, tu déconnes ! Je vais pas te faire une couleur !
- Allez, ça va être marrant ! Aide-moi, je ne sais pas faire toute seule !
- Demande à ta mère, elle doit savoir faire !
- Non, elle va tout rater ! Je veux que ce soit toi !

Je ne sais pas vraiment où se situe la limite de ce que je peux lui passer. Elle repousse sans cesse les barrières de ce que je considère devoir décemment faire par rapport aux liens qui nous unissent. A moins qu’à chaque moment que je passe avec elle, ce ne soit la force de ces liens qui s’intensifie ?

Quoi qu’il en soit, deux minutes après, je me retrouve en tenue de combat : j’ai enlevé mon tee-shirt. A la place, j’ai mis un de ses grands tabliers en plastique blanc qu’on a piqué à la cafet où on bossait l’été d’avant. J’enfile les grands gants collants fournis avec la fiole. On dirait ce dont les supermarchés emballent leurs baguettes industrielles.
Ainsi paré, je rejoins Léonie au dessus de la baignoire. Au moindre de mes mouvements, je produits des bruits de sac poubelle. Avec la chaleur, ma peau a fusionné avec le tablier. Par moment, ça se décolle en pétant.
Léonie de retourne pour prendre la mesure de mon ridicule. Evidemment, elle explose de rire.
« Tu vois que c’est marrant !
- Ta gueule, je dis
- Tu fais bien les racines surtout, et tu …
- Ferme-là, je te dis, ou je te teints les poils du cul !

Je commence à appliquer le produit. Comme c’est marqué, je masse bien à la racine, et je prolonge sur les longueurs. Je continue de me demander pourquoi j’ai accepté. Pendant ce temps, le menton contre l’émail de la baignoire, Léonie imite sa mère en émettant des sons plus ou moins clairs. Tout en accordant une importance capitale à la mission qui m’est confiée, je persiste à m’interroger sur les raisons pour lesquelles j’en suis arrivé là.

 

Soudain, pour je ne sais quelle raison stupide, Léonie se retourne brusquement. Mes jambes se déploie mécaniquement, et je bascule en arrière. Mon bras droit qui tient la fiole se contracte, projetant, je m’en rendrais compte bien trop tard, une généreuse quantité de produit sur un bon quart avant de ma chevelure.
Je me retrouve ainsi affalé sur le dos comme une tortue qui se serait emmêlée dans une poche Carrefour !
Au vacarme que je fais en essayant de me rattraper aux meubles dans ma chute, Dolorès accourt. Elle me regarde, déguisé en charcutier-coiffeur, gisant sur le sol de sa salle de bain. Puis Léonie, littéralement bidonnée, les cheveux gouttant sur le carrelage. Son regard revient vers moi, plus compatissant cette fois. Elle secoue trois fois la tête, gravement, de droite à gauche, et referme la porte avec la plus grande solennité.
Je me redresse et sors de la pièce. Au bout de 30 minutes, Léonie passe sous la douche. Visiblement, elle est satisfaite.

 

Bon timing. Dans l’allée, je vois la Clio de Jérémy s’avancer. Je suis en train de rassembler mes affaires quand Lola me demande :
« Tu restes, ce soir ? »
Je n’ai pas le droit de lui dire, mais je crois que Léonie et Jérémy avaient d’autres projets.
Il me semble que Lola n’aime pas trop Jérémy, et ces yeux noirs me précisent que ce n’était pas une question. 

 

Comme environ un soir sur deux, j’appelle ma mère pour lui annoncer que je ne rentrerais que le lendemain soir, après les cours. Avant de composer le téléphone, je prépare une excuse bidon. Comme d’habitude, elle ne l’écoute même pas et me donne son accord avec un empressement certain. Je ne sais pas pourquoi je m’entête à prévenir et à demander une quelconque autorisation, car finalement, cette situation arrange bien tout le monde.

Par Mathieu - Publié dans : A vos suggestions, si vous trouvez un titre !
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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 19:43

Comme tous les dimanches, je suis soumis à un réveil graduel.


D’abord, ma mère en mal de compagnie passe l’aspirateur dans la salle à manger qui jouxte ma chambre. Histoire d’être sure de ne pas louper son coup, elle donne deux trois coup de brosse dans ma porte. Et, coup de grâce, elle ouvre la porte en grand et d’un coup sec pour brailler « j’espère que je ne t’ai pas réveillé ! »

Depuis son trip petit dej en famille que toute la fratrie a rejeté à l’unanimité, c’est tout ce qu’elle a trouvé pour gâcher mes grasses mats.


Ensuite, c’est ma sœur, la petite. Elle hurle, elle rit, elle chiale, elle gueule … Et quand, par une extraordinaire aptitude à lire dans mes pensées, elle sent que je vais sortir de ma chambre pour la dégommer, elle m’apporte un café fumant au lit.


Après deux gorgées, finalement, elle est sympa ma petite sœur.


Puis vient l’épreuve. Dans le salon, j’entends que le mec de ma mère est rentré. Je serre les dents. Je ferme les poings. Je prends sur moi, mais il va bien falloir que je sorte et que j’affronte sa gueule de con.


Elle en a eu pourtant ! Des petits, des grands, des gentils, des méchants, des marrants, des tristes, des immatures, des philosophes, des sportifs, des rachitiques, des beaux mecs … Pourquoi a-t-il fallu qu’elle décide précisément de se mettre en ménage avec le spécimen le plus commun et le plus bête ?


Avec sa tête toute grosse posée sur ce corps tout petit, ça fait deux ans qu’il me pourrit la vie. Je déploie mon bouclier à connerie et je sors.


Il est là devant les infos régionales, avec ces petits yeux rapprochés qui clignent nerveusement dès qu’on prononce une phrase de plus de cinq mots.


Je retiens mon rire : il a sorti le polo du dimanche. Une espèce de plaid en flanelle avec des triangles verts et saumon. Tout bouloché, tout passé. Je n’arrive pas à savoir s’il l’a trouvé sur un étal à Mexico ou s’il l’avait déjà au début des années 80.


Bien évidemment, il faut qu’il m’en sorte une :
« Sympa le tee-shirt ! Ils font les mêmes pour homme ? »
Aujourd’hui, il est au taquet, spirituellement parlant. Je me fends d’une réponse à sa hauteur :
« Ouh la ! Haute voltige. Tu es en forme ! »


Comme d’habitude, ma mère arrive et l’échange se termine. Guillerette genre Martine à la montagne, elle se met à causer comme si elle ne percevait pas la haine réciproque qui nous anime. Je crois que la situation doit être très dure à vivre pour elle. Mais elle s’en cache bien et à décidé tout simplement d’employer la politique de l’autruche : le déni et le refoulement sont les piliers de notre relation familiale.


Un peu plus tard à table, ça cause politique. Je crois que les opinions de mon beau-père s’arrêtent à peu près à la lecture du jour : Ce gars est capable de tenir les propos libéraux les plus virulents ou défendre les thèses les plus révolutionnaires selon qu’il a lu le Figaro ou l’Huma le matin. J’admire  sa souplesse d’esprit mais me délecte à l’idée de le déstabiliser en deux temps.


Evidemment, après que deux de mes arguments aient déclenché son tic oculaire, son couperet patriarcal tombe :
« De toute façon, t’es qu’un gosse ! Tu n’y comprends rien !

-    Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées, a valeur n’attend pas le nombre des années ! »


Les yeux clignotent frénétiquement. Je sens que là-dedans, ça tourne vite pour reconstituer le sens de ce que je viens de dire. Je me mors les commissures pour ne pas rire ouvertement, et devant mes yeux qui brillent d’hilarité contenue, ma mère me fait signe de ne pas en faire des caisses.


Après quelques laborieuses minutes de réflexion, il me sort :
« C’est même pas de toi, ça !
Bingo … Au taquet, je vous dis …
-    Non, non. Effectivement. Ce n’est pas de moi. C’est de Corneille.
-    C’est qui ça ?
-    Mmmm … Ok … Bon après-midi …


Je quitte la table en me demandant vraiment ce qu’elle lui trouve. On n’est pas obligé de citer Corneille pour savoir qu’il a existé. Et je ne suis pas du tout disposé à être indulgent avec ce bovin. Il est 14h. J’ai mieux à faire.

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Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 07:27

Le recoin à l’angle du bar m’offre un asile vital. Besoin de m’extraire à toutes ces filles qui shimmy-skakent et à ces gars qui les badent comme une horde de rottweiler devant un poulet.

Les effets du gin sont intensifiés par le stroboscope. Dans les éclairs, quinze coéquipiers donnent l’impression d’être de vrais pros de la danse. Coordonnées, les gestes maîtrisés et dans le bon rythme : la grande classe !
Dans la vraie vie et dans un univers lumineusement stable, je suis sûr qu’on dirait quinze culbutos épileptiques avec des bras en pâte à modeler.

A ce stade, si je ferme les yeux, je gerbe. Alors je contemple de loin les parades d’accouplement et les prouesses chorégraphiques.
Mes copines dansent devant moi, et de temps en temps elles me font un petit signe de la main, genre « vient, elle est hyper bien celle-là !»
« Mais non ! Elle est hyper nulle celle-là ! Tout est nul ici ! J’ai juste envie de me barrer asap ! »
Bien sûr, comme je suis un bon copain, je leur sors le sourire du mec bourré qui ne veut pas être le boulet de la soirée, et je patiente sur un petit pouf même pas confortable, le dos rond avec les mains qui pendent entre mes genoux.

Ça m’énerve d’être comme ça ! Pourquoi je ne leur dis pas que ça me saoule, que j’ai envie de me retrouver dans un endroit calme où je pourrais dormir et cuver un peu ! Que je déteste tout ici : les 740 boyz qui beuglent, les mêmes gars qui, tous les samedis, se prennent les mêmes râteaux et insistent quand même, le gin qu’on mélange avec ce truc bizarre au citron ! Je suis sûr dans le fond que tout le monde est comme moi : on déteste, mais c’est tellement espagnol et tendance qu’on n’a plus moyen de noyer le gin dans autre chose. Gin-Kas, c’est comme Samson-Dalila, Antoine-Cléopâtre, Sonny-Cher … tragiquement in-dis-so-ciable !

Tiens chier ! D’un geste d’humeur finalement assez peu crédible, je balance tout ce qui se trouve sur la table à côté de moi !
Et là, pile sous l’eau des glaçons qui décongèlent, une paire de basket, au moins du 47, sursaute maladroitement.
Je suis instantanément dessaoulé : je crois que je lui ai niqué ces Nike.
Je lève la tête. A présent, j’ai envie de mourir d’un truc fulgurant et indolore.
Dans les baskets, un bipède. Un bon gros bébé de 130 kg, tout en muscle et en confit de canard.
Je suis vraiment dans la merde.
Je tente une disparition à la David Copperfield, mais le molosse m’agrippe par le colback avant que j’ai pu lui faire le coup de l’anguille.
Je vais donc décéder un samedi soir dans une boite miteuse par explosion violente et irréversible de la tronche.

Pendant que je rumine le caractère pathétique et pas du tout héroïque de ma destinée, mes copines qui ont tout vu de loin, ont appelé les videurs.
A trois, ils arrivent sur nous en triangle. Le gars qui me tient toujours par le col se fige, le poing levé. Moi, je pendouille pitoyablement dans son autre main, comme une mounaque démantibulée.
Deux des agents de sécurité l’approchent par le côté, et un de face. Il me lâche et je me splatche sur le sol tout poisseux. Mon Goliath commence à reculer. Autour de lui, le triangle se referme. Il n’est à présent qu’à quelques centimètres de la baie vitrée qui donne sur le parking. Le videur de face l’accule contre les parois en verre, tandis que les deux autres ouvrent les portes coulissantes.
D’une chiquenaude, mon ennemis juré est propulsé, les fesses en premier, sur les plates-bandes du parking tandis que les deux sauveurs latéraux referment la baie.

Tout le monde s’esclaffe, le gars est humilié …
Je suis ainsi sauvé par le personnel fantastique de cette merveilleuse discothèque dont je n’aurai désormais de cesse que de vanter l’ambiance et les qualités incroyables du service de sécurité !
Bien sûr, ce sauvetage in-extremis m’interdit désormais l’accès à cette boite, à tous les terrains de rugby et toutes les fêtes de village des Landes : si ce gars me remet le grappin dessus, il me transforme en patchwork !

Par Mathieu - Publié dans : A vos suggestions, si vous trouvez un titre !
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