Par une pudeur qui ne lui est pas coutumière, Léonie prend soin de fermer la porte derrière elle en sortant accueillir son mec.
Au bout de quelques minutes, elle arrive dans la cuisine où j’ai rejoint Lola. Pour je ne sais quelle raison, je m’efforce d’afficher une grande complicité avec la
mère de mon amie. Je lui place du « tu », en veux-tu en voilà, je m’esclaffe bruyamment. Je me surprends même à saisir son avant-bras.
« Eh beh ! T’es con ou quoi ? », elle me sort en dégageant son bras. Elle me fixe bizarre et retourne à son monologue plombier.
Jérémy apparait derrière Léonie. Il salue poliment son hôte et m’envoie un signe de la main. Je reprends la maitrise de ma voix pour lui sortir un
« Salut » caverneux sans aucune authenticité.
Mes deux camarades de classe vont alors s’affaler dans le canapé. Toujours dans la cuisine, je propose bien fort mon aide à Lola. Quelque part dans ma tête, un
vieil instinct tordu m’inciterait presque à pisser sur le seuil de la pièce. Néanmoins, après que mon inutilité aux fourneaux ait été établie, je rejoins Jérémy et Léonie.
Il est assis, droit comme un I, à une extrémité du convertible 3 places. Léonie est allongée et repose ses pieds sur ses jambes. En m’entendant rentrer, il glisse
sa main droite sur les chevilles de Léonie. Je cherche à m’assoir et m’astreindrais à prendre le fauteuil d’en face.
Je me projette dans l’écran allumé en espérant que le programme m’absorbe et m’aspire suffisamment. Mais les fesses musclées et les seins rebondis dans les maillots
orange ne parviennent pas à me distraire. Pourtant, je fais mine d’être obnubilé par le sort des baigneurs californiens imprudents.
Mon subterfuge ne prend pas. Léonie, qui connait mes goûts et notamment mon aversion pour cette série insipide, s’étonne de mon assiduité télévisuelle.
« Eh ben mon Alex, te voila fan de Pam et Mitch ? »
Je feins l’embêtement :
« Hein ? Non … je … enfin … non mais en fait c’est sympa … »
Elle pouffe.
Je ne sais pas si elle y prend plaisir, mais elle ne peut s’empêcher de me casser. La plupart du temps, je pense qu’elle ne fait pas gaffe. Parfois,
quand même, je la soupçonne d’être un peu perverse.
Dès que je porte le regard sur eux, Jérémy, presque imperceptiblement, intensifie ses caresses et ses mamours. Je me demande si lui aussi n’envisage pas
sérieusement de pisser autour du canapé ! Il se donne beaucoup de mal pour rien ! Je m’en fous pas mal ! Ce que je veux, c’est un bon film. Je propose d’aller chercher une
cassette au vidéoclub. J’ai besoin de prendre l’air et quelques instants d’isolement.
Naturellement, avec se grande gueule, il faut que Léonie me soumette l’idée géniale d’y aller tous ensembles ! Jérémy, grand seigneur, propose qu’on
prenne sa voiture. Ça aussi, faudra qu’on m’explique comment un élève de terminale L dont les parents sont de simples employés peut avoir une Clio toute neuve sur laquelle il n’a pas besoin
de penser à enlever son A à chaque fois !
Léonie ouvre la porte et je me contorsionne en repoussant le fauteuil pour me caller à l’arrière. C’est qu’une trois porte ! Faut quand même pas
pousser !
Il conduit comme un con. C’est ahurissant. Et à chaque feu, ils ne peuvent s’empêcher de se lécher la poire. Au vidéoclub, ça tergiverse. Moi, je me ferais
bien une bonne comédie rigolote. Lui, un film d’action. Léonie, casque bleu de notre trio, propose un Almodovar qui met tout le monde d’accord.
En arrivant, je me déploie comme un diable et bondis hors de la voiture. Je rentre sans frapper.
Dolorès a préparé 3 plateaux repas. On récupère nos places respectives. Lola me donne un plateau. Un autre pour sa fille, et le dernier pour elle. Elle s’installe
en face de moi et lance le film. Je ne savoure même pas mon privilège. Je lance une œillade en biais. Jérémy se projette dans l’écran allumé en espérant que le programme l’absorbe et l’aspire
suffisamment.
Je ressens un vide. J’ai un peu honte et ne me sens pas trop à ma place. J’expédie mon plateau et le ramène à la cuisine. Je ne sais pas si c’est par égard pour
moi, mais Jérémy ne caressera pas les jambes de Léonie toujours étendues sur lui. Seuls les commentaires baragouinés de Lola agrémenteront la séance.
A la fin du film, tout le monde se lève. Sauf moi. J’attends que Jérémy s’en aille avant de rejoindre la chambre d’amis. Jérémy, lui, trainera Léonie hors de la
pièce pour l’embrasser.
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