Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 06:35

Je n'aurais su dire si l’entretien s’était bien passé.

Côté fringues, je crois que j’avais assuré. J’ai fait du modern working boy. Un jean levi’s, une chemise unie un peu cintrée, une paire de bunker que j’avais achetée avant de partir et un manteau beige resserré à la taille genre trench, tendance mais pas trop.

Comme d’habitude dans ce genre de situation, la conversation s’était très bien passée.
Un entretien d’embauche n’a rien de stressant pour moi. C’est un exercice de communication dans lequel je suis à l’aise.
En général, mon débit y est fluide et ininterrompu, et je parviens facilement à tenir les rennes de l’échange de façon à ce que le recruteur ne m’entraîne pas  dans ce qu’il percevra comme les fanges chaotiques de mon parcours professionnel, que j’ai plutôt tendance à appeler les plus ou moins heureux hasards de ma vie.

Je m’étais toutefois levé tôt, et passé l’excitation, j’avais à présent un énorme coup de barre et un peu faim aussi.
Je remontai dans cette voiture qu’un copain m’avait prêté pour me rendre de ce côté de la ville que je ne connaissais pas encore, et j’allumai la radio.
A peine avais-je démarré que j’aperçus une boulangerie sur ma droite. J’essayai de me faire une idée en jetant un œil à la vitrine : la dernière chose que je voulais, c’était un croissant rassis dans un boui-boui poussiéreux. Evidemment, depuis le siège conducteur il m’était impossible d’évaluer le potentiel poussière-rassis de ce commerce. Quand tout à coup … une énorme vitrine toute rouge se dressa devant moi, avec, de part et d’autres de la vitre à proprement parler, d’immenses épis de blé peints en doré.


Remis de la surprise que cette chaîne ait pu me suivre jusqu’ici, je décidai de jouer la sécurité et d’y prendre ma viennoiserie. Ce n’est pas mon habitude, mais là, j’avais besoin de réconfort plus que de frisson …

La boulangère était souriante et me parut sympa avec son passe en velours noir et ses joues rebondies. Je n’aurais cependant pu dire si son sourire était sincère ou marchand …
Son étal était relativement vide. Quelques brioches, deux ou trois viennoiseries dont on aurait dit qu’elles étaient fourrées au chocolat, idée préconçue due à leur forme rectangulaire …
Sans même que j’aie eu dit quoi que ce soit, elle me proposa avec insistance une boursoufle au bleuet. Evidemment … cela éveilla ma suspicion … était-elle en train de me proposer avec fierté son chef d’œuvre ? Ou bien me refourguait-elle ses invendus ?

La boursoufle en question était un sablé rebondi, vraisemblablement fourré à la myrtille, dont les bords de pâte dépassaient très largement de la garniture.
On aurait dit, en plus grand, comme beaucoup de choses ici, un sablé à la framboise de la Mie câline.
Dans la vraie vie, je déteste les gens qui, en voyage, comparent tout ce qu’ils voient à quelque chose qui leur est familier. Pourtant, depuis que je n'étais plus là en voyage, il m’arrivait de m’adonner à cet exercice qui est, il est vrai, parfois réconfortant dans ces contrées lointaines.

Toujours en recherche d’un moment de bien être, là encore je jouai la sécurité et optai pour une brioche, en prétextant que ce serait plus facile à manger dans la voiture.
Visiblement déçue, la patronne me dévisagea un peu, me servit et décréta que j’avais besoin d’un café. Sur ce coup là, j’étais entièrement d’accord avec elle, et me réjouis de ce qu’elle m'en proposât.

Tandis qu’elle remplissait un mug d’un café très léger et bien chaud, elle insista pour que je m’assoie cinq minutes, et me désigna un recoin.


En fait, contigüe à la salle se trouvait une pièce à la géométrie douteuse qui était, à elle seule, une immense cheminée.

Quand j’étais tout petit, mes parents louaient parfois un chalet, toujours le même, tout en haut d’une montagne dans les Hautes-Pyrénées. Dans la pièce à vivre, il y avait une immense cheminée où l’âtre pouvait accueillir deux bancs sur lesquels toute la famille s’asseyait le soir.

Mais là, il ne s’agissait pas de ça. C’est toute la pièce qui était la cheminée. Pas de conduit pour la fumée, qui s’évacuait simplement par un trou dans le toit, ni de foyer pour le feu. C’était suffisamment grand pour qu’elle ait pu y disposer deux tables bistrot un peu niaisement recouvertes de nappes à carreaux rouge et blanc.
Sur le mur du fond en crépi beige, les flambées successives avaient laissé leurs marques de suie.
Je n’avais jusqu’alors jamais vu un tel endroit et eus immédiatement envie d’y passer un peu de temps.
Dans ma main, le café sentait bon. Il était doux et léger comme je l’avais souhaité. Et bien que la brioche fût moelleuse et bien dorée, je regrettai de ne pas avoir tenté la boursoufle.
Tandis que je m’attablais là, en dépit de ce que je n’avais pas encore concrètement reconstruit quoi que ce soit, je ressentis intimement que j’avais fait le bon choix.

Par Mathieu - Publié dans : On my way
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Commentaires

Pour ma part, j'attends la suite! je préfére les romans aux nouvelles...

Commentaire n°1 posté par Nadège le 13/01/2012 à 20h01

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