Depuis trop de temps l'insouciance absente lui assénait nuit après nuit des questions sans réponses et des réponses sans fondements. Il avait un certain nombre de décisions à prendre. Il devait faire le choix entre ce Lui qui vivait, vivrait, ressentais, et ce Lui qui écrasait, gagnait, gérait. Il ne savait pas lequel était Lui et lequel était l'Autre. Il était surement un peu des deux mais mais sa personnalité n'arrivait pas à se proportionner pour lui donner la marche à suivre et la dircetion. Et c'est ce qui lui manquait.
Drôle ... Lui qui avait admis sa vie entre les bras d'un homme était aujourd'hui acculé à fuire deux femmes qui avait fait de lui leur pion, leur soldat de chair. Si seulement sa nature lui avait permis de ne pas être à la mercie des tigresses qu'elles peuvent être quand leur intérêt est en jeu ! Si seulement la douleur du constat que sa vie serait autre l'avait affranchie des mantes religieuses qui parfois lui arrachaienl le cerveau ou le coeur des mandibules de leurs ambitions présomptueuses !
Et bien non. Il est de ces femmes qui ont besoin des hommes pour construire leurs alcoves. Il est de ces hommes qui par candeur feinte conduisent ces femmes sur la voie qu'elles ont choisies.
Sa mère d'abord qui l'avait douceuresement trahi. Sous ses traits de nourrice elle avait obtenu qu'il la mette à l'abris. Elle avait sorti l'artillerie flambant neuve et jamais usitée de la maternité et des bons sentiments pour l'inviter à lui offrir l'argent dont elle avait besoin pour réaliser ses rêves irréalistes, cet argent qu'elle s'était toujours refusé à gagner par elle-même. Elle était passé de bras en bras pour que les hommes de sa vie la portent. Quand les bras déçus et amers de ces hôtes la lâchait, elle trouvait tout de suite un autre homme à parasiter.
Et puis le temps avait effacer l'iris qui empêchait à ses proies de la voir comme un prédateur. Les heures et les années avait fanées le philtre qui les rendait dévoués. Elle n'avait plus les armes qui lui avait permis de survivre. Il lui fallait trouver autre chose pour charmer ceux qui financeraient ses vieux jours.
Ne parvenant plus à gagner l'amour nécessaire pour aveugler ceux dont elle avait besoin, elle se mit naturellement à tirer un maximum de ceux qui l'aimat déjà : ses enfants allaient devenir son souffle vital. Ce sont eux qui dorénavant auraient la charge de son existance.
Il est un fait naturel qui oppose les femmes entre elles et qui rapprochent les hommes d'elles. Ses fils l'apprendront : ces règles s'appliquent aussi dans les liens filliaux, et c'est naturellement que le fils aimant protègera sa mère quand la fille saura déjouer les pièges et se libérer du joug de ce qui n'est que la démonstration de l'instinct de survie d'un être qui cherche son tuteur.
Lui, il en avait payé le prix. Il avait était charmé, comme ensorcelé. Elle avait pris, pris, pris ... Et rien offert en échange. Elle en avait fait un fils amer. Il en avait fait une mère bannie. Douleur après douleur, il avait réussi à se libérer des toiles affectives qu'elle avait tissées et des liens qu'elle resserait à chacune de ses tentatives de se soustraire aux obligations que ces putains de bons sentiments et de la société bien pensante.
Mais maintenant encore ça l'empêche de dormir. Et il voudrait réussir à pencher sa tête et à la laisser se remplir de rêves plus doux, de ce qu'il y met quand il s'échappe les yeux ouverts.
Sa patronne aussi. Elle s'était hissée beaucoup plus haut que ce que sa nature pouvait rendre possible. Elle avait elle aussi charmé les hommes de pouvoir qui avait traversé sa vie. Elle leur avait laissé pensé qu'elle était leur jouet alors qu'elle avait fait d'eux sans qu'aucun d'eux ne puisse y changer rien, ses pantins dévoués, les cordes qui la monterait au sommet de son art, bien au-delà de ce que ses prédispositions auraient pu faire d'elle.
Elle avait passé sa vie à masquer ses manques en utilisant les hommes qui couraient après ses charmes fardés. Elle avait cousu autour d'elle des rideaux opaques qui masquaient aux yeux de ceux à qui elle s'était refusé la réalité de ses limites. Un velours épais qui cachait l'ouvrage et les petites mains qui s'agitaient à sa place pour sa réputation en éminance grise.
Elle ne s'était entouré que d'hommes. Et Lui, avait été choisi pour ça. Elle souhaitait être secondé par un homme. Un homme qu'elle puisse mener par le bout du charme.
Etrangement, comme avec sa mère, en dépit du fait que les charmes physiques de l'usurpatrice étaient inopérants, il avait été dupes pendant de longs mois. De longs mois durant lesquels il avait travaillé d'arrache pied à assurer la position de son parasite. De long mois qui lui avait permis à elle de se faire un nom et de donner l'image du succés.
Elle savait que sa méthode ne marcherait pas sur lui mais en avait trouvé une autre. Elle lui donnait au goute à goute la micro dose de succés et de reconnaissance qui lui était nécessaire pour éviter le désengagement. A chaque fois que la rupture était imminente, elle le sortait un peu de l'ombre et se jouer de son égo pour qu'il reprenne un peu d'ardeur à la tâche.
A l'heure qu'il est il a réussi à prendre conscience de tout. Il sait qu'il n'est qu'un pion au service de cette garce. Il sait qu'il sera dévoré au moindre signe de faiblesse ou de déloyauté. Il sait quelle sera prête à tout s'il la supplante ou s'il devient maître du jeu.
Alors il est entré dans ce jeu. Il s'est ganté de velour et a aiguisé ses dents. Il fait bonne figure en attendant son heure.
Mais maintenant encore ça l'empêche de dormir. Et il voudrait réussir à pencher sa tête et à la laisser se remplir de rêves plus doux, de ce qu'il y met quand il s'échappe les yeux ouverts.
Alors ce soir là il s'est épuisé. Sur les machines de fer et de fonte il a tout donné. Il a couru, levé, tiré et repoussé. Il a étalé sa passion pour chauffer tout son corps et calmé l'incandescence de sa tête.
Et cette nuit là, il a trouvé le sommeil. Il a réussi à pencher sa tête et à la laisser se vider des ratés de sa vie, de ce qui s'y met pour qu'il s'éloigne chaque jour un peu plus de ce qu'il voudrait être.