Mardi 10 avril 2007
Ca m'a réveillé à 2h00 ce matin. Ca s'est présenté comme d'habitude. Un inconfort diffus. Du mal à trouver ma place. C'est marrant d'ailleurs parce que c'est vraiment le problème. Petit à petit, du malaise à l'angoisse, en souffle haletant. Essoufflé de n'avoir pas couru et d'avoir trop pensé.

Je n'ai pas les poumons ouverts comme après un effort. Au contraire. Ils sont fermés. Ma cage thoracique emprisonnant pour de bon les mouvements libérateurs. Contraints, ils halètent pour fournir à mon cerveau son comburant de pensée.

Précise maintenant. La gène qui m'éveilla se dessine devant mes yeux ouverts sur l'obscurité de ma chambre que je m'efforce de maintenir, ne cédant pas à l'envie d'allumer la lumière.

Toujours dans le noir, je me lève pour trainer jusqu'à la cuisine et remplir une bouteille d'eau. Je sais que quelques gorgées immédiates ne suffiront pas à éteindre la veilleuse qui brûle dans ma tête. A ce stade là je sais déjà que je ne vais pas retrouver la quiétude des ténèbres en quelques traces d'eau.

J'essaie de ne penser à rien. J'y arrive très bien normalement. Sans faire expres, je fixe un point vague, et mon esprit décroche de ce qui me fait chier. Il s'envole loin des soucis de la vie. Il prend de la hauteur pour me signifier la petitesse de ce qui me bouffe pour rien. Je me dis que je dois fixer un point vague du noir, mais mon imaginaire n'a rien pour s'accrocher. Je me refuse malgrè tout à allumer : ça finirait de lui dire que je suis prés à tout affronter. Et moi, je suis fatigué.

Il est 3h15. Putain. Malgrè le litre d'eau ingurgité, j'ai la gorge sèche. Je rejoints de nouveau la cuisine en frolant les murs de mon appartement que je connais si peu mais dont j'ai plus qu'assez. Je sais que j'aurai envie de pisser. Je sais que dans une heure la pression sur mon ventre m'empèchera de rejoindre la quiétude ou l'amnésie de ma nuit de sommeil. Je bois pourtant. Je dois penser à ne pas penser ou penser à des trucs cons plutôt qu'aux trucs qui me rongent et dont je ne trouverai pas la réponse cette nuit.

Changer encore. Garder ce qu'il y a de bon et virer le pourri. Je sais faire ça maintenant. Sauf que là le pourri il est en moi. C'est ça qui m'a réveillé. Ce constat qu'il reste encore en moi des racines noyées qui m'ancrent comme un con.

4h20. Et merde alors ! Sur quoi vais je pouvoir me déconcentrer ? Le dos collé contre le matelas. La tête calée sur l'oreiller. La main posée sur ma poitrine pour compter les cycles de ma respiration qui est devenue, sans que je ne m'en rende compte, à nouveau lente, longue et régulière. Je dois me concentrer sur ça. Compter les litres d'air qui me nettoient la tête des idées qui bloquent mon endorphine je-ne-sais-où.

4h40. Je suis un peu plus serein. La pensée sur rien commence à casser la gueule à la pensée sur tout. J'aide mon esprit à se dépayser en allumant un encens, ultime effort que je ferai pour m'épuiser. Je me replonge tout de suite dans le repos que je m'impose en espérant que la spontanéité du sommeil viendra mettre fin à cette mascarade.

5h00. Je ne le sais pas encore mais c'est la dernière fois que je verrai l'heure.
J'imagine qu'après m'avoir empeché de dormir, je me suis fouttu la paix presque 3h pile après le début de mes combats intérieurs.
Je suis épuisé et la profondeur des respirations maitrisées commence à me saouler. Mon esprit a enfin pu s'accrocher sur l'odeur de la fumée apaisante.
Je suis parti comme ça m'oublier dans 2h30 d'amnésie.

Ce matin, les yeux me brûlent.
C'est bien.
La fatigue leur offre une excuse aux questionnements qu'ils ne peuvent cacher.
par Mathieu publié dans : Mon p'tit coeur tout mou
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