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Mardi 30 septembre 2008
Cette nuit j'ai fait un rêve bizarre et étrangement réconfortant.

Tout se passait dans ce que j'ai longtemps appelé, pendant mes jérémiades de mec lourdé, mon "Chez-Moi".

Mon "Chez-Moi", pour ceux qui prennent le train en route (pour les autres, rendez-vous 10 paragraphes plus loin ...) est un appartement dans lequel j'ai vécu mon premier grand amour.

Au nord, ses pièces étaient largement éclairées par d'immenses fenêtres sur une  cour pavée où il y avait un puits. Et au sud, des fenêtres aux proportions plus réduites, qui rappelaient que le nid avait été construit dans les mansardes, offraient une vue hallucinante sur les toits du Vieux-Bordeaux et la Flêche de Saint -Michel.
(NDLR : Le photo ci-dessus a été prise depuis une des chambres de ce "Chez-moi".)

L'immeuble étant perché sur les ramparts médiévaux de la ville, il était presque impossible d'y accéder en voiture. Aussi, m'a-t-il toujours semblé que le calme régnait en maître sur ce microscosme et que l'air était plus pur sur mon promontoir.

Pendant 6 ans, comme une fourmis besogneuse, je me suis appliqué à faire de cet endroit une douillette boule de coton où j'avais plaisir à recevoir des milliers de copains et où, le dimanche j'aimais me retrouver sous la couette avec celui que je pensais être l'homme de ma vie.

Et puis voilà. L'homme de ma vie en est sorti, et il a fallu, la mort dans l'âme quitter le nid. On s'était dit que ce serait mieux pour moi. Qu'il ne fallait pas que je reste dans ce "Chez-nous" qui ne semblait alors plus rien signifier ...

En plus d'avoir été ce "chez-nous", en plus d'avoir eu la bonne idée de se situer dans un quartier de Bordeaux que j'adore, en plus d'être douillé, confortable, clair et spacieux, offrant une belle vue sur cette partie de la Cité toute chargée d'histoire ... il se trouve que c'est l'endroit où j'ai passé le plus de temps de toute ma vie ... Ceci ayant évidemment un rapport avec cela.

Et pour quelqu'un qui n'a pas vraiment de racine et qui été trimballé durant toute sa vie, parvenir à appeler un endroit "Chez-moi", ce n'est pas une mince affaire. Je m'y sentais bien. C'était un repère et un lieu de retrait évident, qui me manquait beaucoup lorque j'en étais éloigné. Et je pense que ça aurait pu durer comme ça encore bien longtemps avant que je ne me lasse et que je décide qu'il fallait changer d'air.

J'ai donc appelé ce "Chez-moi" "Chez-moi" longtemps après l'avoir quitté. Et même aujourd'hui, j'ai toujours un énorme pincement au coeur quand je passe devant et que je lève la tête vers les toits. Bien sûr, le temps et les événements ont mis beaucoup de distance entre cet endroit, son souvenir et ma vie. Pour autant, je ne peux m'empêcher d'y songer. Souvent.

J'ai longtemps pensé que cet attachement viscéral à ces belles pierres et à ces vieilles poutres était dû à ce que j'y avais vécu. Et plus le temps passait, plus l'indifférence pour ce passé grandissait, plus je me rendais compte que j'étais réellement amoureux du lieu, indépendemment de ce qui avait pu s'y dérouler.

Et cette nuit, j'ai révé que j'y refaisais ma vie. Evidemment, les choses avaient beaucoup changé, mais l'endroit y était.

Je m'y installais avec l'homme que j'aime maintenant. Et bien sûr il y avait dans l'appartement beaucoup de choses que je n'aimais plus. Cette cuisine mal-conçue que nous devions repenser ! Et cette deuxième salle de bain inutile dans un 3 pièces : faisons une buanderie  ! Quant à cette immonde moquette bleue électrique qui n'a pas changé depuis 2000 ! Faisons renaitre le bois qui à coup sûr sommeille sous cette hideuse couche d'acrylique. A notre image, virons ce lino pour un sol d'ardoise ! Repeignons un coup pour apporter de la couleur !

Et préparons la deuxième chambre ... On ne sait jamais ...

Et voilà mon beau rêve. Je me rends enfin compte que ma vie est faite d'un passé, d'un présent et d'un futur, et qu'il n'y a pas de frontière entre ses trois temps. Je peux enfin voyager de l'un à l'autre et les faire cohabiter. Finalement ils s'entendent bien et m'ont fait tel que je suis sans se poser de limite.

Et à présent, s'il m'est donné de nouveau dans ma vie de trouver un "Chez-moi", je ne le lâcherais pour rien au monde. Même si ma vie change encore, même si plus loin il y a de nouveau un virage, et bien un "Chez-moi" c'est à soi, et ça ne se change pas. Il évolue avec soi, il s'adapte, il vit ou renait de ses cendres, mais il est irremplaçable. Et croyez-moi, j'en ai fait les frais.
Par Mathieu - Publié dans : Mon p'tit coeur tout mou
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