Dimanche normal pour un pédé. Réveil solitaire. Déjeuner arrosé. Largage par sms et soirée devant Pink. Je vais m'y faire y a pas de raison.
Pourtant le début du week-end laissait à penser qu'il serait différent. Sur un échange sensuel et complice, un désir qui semblait partagé, l'envie clairement exprimée d'entamer quelque chose. On se plaisait on se l'ai dit. A-t-il simulé ? A-t-il menti ? Qu'attendait-il en fait ? A quel moment ai-je mal compris son comportement et ses paroles ?
J'en sais rien.
Il voulais que ça le fasse. Il exprimait "ses" sentiments à haute voix. Comme s'il avait su qu'il fallait me donner confiance en l'attirance et puis l'amour que je pouvais susciter. En tout point il a dit et fait ce que je voulais entendre et voir.
Et puis le soufflet est retombé. ai-je perdu une compétition à laquelle je n'avais jamais demandé à participer ? N'ai-je pas, plus tard dans la nuit ou les heures d'après, été à la hauteur de ce qu'il disait apprécier en moi ? Ou peut-être, selon la thèse qui à la fois me plait car elle ne me remet pas en cause et à la fois me nâvre car elle est émise d'un comportement trop coutumier, il s'agit encore d'un de ces mecs de 30 ans qui ne savent pas ce qu'ils veulent.
En tout cas, s'il avait juste voulu baiser, il suffisait de me le dire : il était suffisamment beau gosse pour m'avoir sans sortir les violons, et au moins je ne me serais pas fait mes films ...
Enfin. C'est pas grave. Une toute petite griffure. Une de plus. Mais je ne sais que trop que plusieurs petites griffures peuvent saigner autant qu'une large plaie béante. Alors faudrait voir à faire cicatriser tout ça à coup de respect et de sincérité ...
Allez va ! Retrouve vite tes marques solitaires. Vas te balader aux Capus, fais toi plaisir : prends ce que tu veux.
Puis un déjeuner qui a sauvé à lui seul tout le dimanche. Succulent, animé, arrosé sans trop d'excès ... Un bon dans la vie normale chez des gens qui s'aiment et qui offrent un petit moment de leur intimité de tendresse ...
La soirée du dimanche a été comme le réveil : une succession de minutes amères avec, en paliatif, Pink TV en fond, pour essayer de se sentir le moins différent possible.
Il faut croire que je suis pas normal en fait. Par moment je me sens aussi différent des pédés que j'ai pu me sentir différent des hétéros étant ado. Et parfois cela me fait autant souffrir. Ne pas trouver ma place.
C'est tout le problème. Je ne sais pas si je suis en avance ou en retard sur mon age, ou si tout simplement je ne vois la vie comme aucun autre gay. En tous cas mes envies ne semblent pas correspondre à celles des flopées de trentenaires ou presque qui ont croisé mon chemin ces 18 derniers mois.
J'ai juste envie d'une vie normale. C'est tout. Sans sacrifier au totem Têtu ni au Dieu Tom of Finland.
Aimer le sexe comme il se doit. Assez pour satisfaire nos corps, sans qu'il ne devienne tout dans notre vie.
Respecter l'autre et ne pas lui mentir. Ne pas le blesser.
Être tendre et gentil sans que ce ne soit considéré comme une faiblesse.
Ne pas s'autoriser des facilités parce que "on est gay et que chez les gays c'est nécessaire". Il faudrait arréter de faire de notre différence un pretexte ! On se met tout seul en marge en cherchant des excuses à un comportement qui est bien plus égoïste que "gay friendly" !
Faire des concessions.
Relever le défi de la vie à deux et prendre les difficultés que la monogamie à long terme impose comme un gage de ses vertus bienfaitrices.
Car oui c'est pas toujours simple. Mais c'est l'essence. Et ça se mérite.
Maintenir l'amour, l'intérêt et le respect dans un couple, c'est un défi.
Mais on doit le relever si on veut être heureux. Et croyez moi, ayant tenté de relever le défi pendant 6 ans, le jeu en vaut la chandelle.
Et c'est précisemment cette volonté d'affronter les réalités de l'Amour et de relever les manches pour le mériter qui font que je ne trouve pas ma place dans mon age et dans ma "communauté', si tant est qu'elle même ne soit pas le fruit de l'égoïsme désespéré de chacun de ses membres.
Voila tout ce que j'avais à dire.