Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 07:27

Le recoin à l’angle du bar m’offre un asile vital. Besoin de m’extraire à toutes ces filles qui shimmy-skakent et à ces gars qui les badent comme une horde de rottweiler devant un poulet.

Les effets du gin sont intensifiés par le stroboscope. Dans les éclairs, quinze coéquipiers donnent l’impression d’être de vrais pros de la danse. Coordonnées, les gestes maîtrisés et dans le bon rythme : la grande classe !
Dans la vraie vie et dans un univers lumineusement stable, je suis sûr qu’on dirait quinze culbutos épileptiques avec des bras en pâte à modeler.

A ce stade, si je ferme les yeux, je gerbe. Alors je contemple de loin les parades d’accouplement et les prouesses chorégraphiques.
Mes copines dansent devant moi, et de temps en temps elles me font un petit signe de la main, genre « vient, elle est hyper bien celle-là !»
« Mais non ! Elle est hyper nulle celle-là ! Tout est nul ici ! J’ai juste envie de me barrer asap ! »
Bien sûr, comme je suis un bon copain, je leur sors le sourire du mec bourré qui ne veut pas être le boulet de la soirée, et je patiente sur un petit pouf même pas confortable, le dos rond avec les mains qui pendent entre mes genoux.

Ça m’énerve d’être comme ça ! Pourquoi je ne leur dis pas que ça me saoule, que j’ai envie de me retrouver dans un endroit calme où je pourrais dormir et cuver un peu ! Que je déteste tout ici : les 740 boyz qui beuglent, les mêmes gars qui, tous les samedis, se prennent les mêmes râteaux et insistent quand même, le gin qu’on mélange avec ce truc bizarre au citron ! Je suis sûr dans le fond que tout le monde est comme moi : on déteste, mais c’est tellement espagnol et tendance qu’on n’a plus moyen de noyer le gin dans autre chose. Gin-Kas, c’est comme Samson-Dalila, Antoine-Cléopâtre, Sonny-Cher … tragiquement in-dis-so-ciable !

Tiens chier ! D’un geste d’humeur finalement assez peu crédible, je balance tout ce qui se trouve sur la table à côté de moi !
Et là, pile sous l’eau des glaçons qui décongèlent, une paire de basket, au moins du 47, sursaute maladroitement.
Je suis instantanément dessaoulé : je crois que je lui ai niqué ces Nike.
Je lève la tête. A présent, j’ai envie de mourir d’un truc fulgurant et indolore.
Dans les baskets, un bipède. Un bon gros bébé de 130 kg, tout en muscle et en confit de canard.
Je suis vraiment dans la merde.
Je tente une disparition à la David Copperfield, mais le molosse m’agrippe par le colback avant que j’ai pu lui faire le coup de l’anguille.
Je vais donc décéder un samedi soir dans une boite miteuse par explosion violente et irréversible de la tronche.

Pendant que je rumine le caractère pathétique et pas du tout héroïque de ma destinée, mes copines qui ont tout vu de loin, ont appelé les videurs.
A trois, ils arrivent sur nous en triangle. Le gars qui me tient toujours par le col se fige, le poing levé. Moi, je pendouille pitoyablement dans son autre main, comme une mounaque démantibulée.
Deux des agents de sécurité l’approchent par le côté, et un de face. Il me lâche et je me splatche sur le sol tout poisseux. Mon Goliath commence à reculer. Autour de lui, le triangle se referme. Il n’est à présent qu’à quelques centimètres de la baie vitrée qui donne sur le parking. Le videur de face l’accule contre les parois en verre, tandis que les deux autres ouvrent les portes coulissantes.
D’une chiquenaude, mon ennemis juré est propulsé, les fesses en premier, sur les plates-bandes du parking tandis que les deux sauveurs latéraux referment la baie.

Tout le monde s’esclaffe, le gars est humilié …
Je suis ainsi sauvé par le personnel fantastique de cette merveilleuse discothèque dont je n’aurai désormais de cesse que de vanter l’ambiance et les qualités incroyables du service de sécurité !
Bien sûr, ce sauvetage in-extremis m’interdit désormais l’accès à cette boite, à tous les terrains de rugby et toutes les fêtes de village des Landes : si ce gars me remet le grappin dessus, il me transforme en patchwork !

Par Mathieu - Publié dans : A vos suggestions, si vous trouvez un titre !
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 10 mai 2011 2 10 /05 /Mai /2011 08:11

Dans la famille "La vie est un peu plus compliquée lorsqu'on est gay", je voudrais ...

 

LA SUCCESSION !

 

no_prop8.jpg

 

Comme tout le monde le sait, le PACS n'apporte pas de vraie réponse aux partenaires en terme de succession.

 

Sauf que mon copain et moi, nous avons acheté un appartement en commun !

 

Si la répartition de la propriété a été trés bien établie par l'acte authentique, il n'en est pas de même pour la transmission de ladite propriété si l'un de nous meurt.

 

Le PACS prévoit un droit de jouissance de la propriété au conjoint survivant. En revanche, la transmission de la propriété n'est pas assurée systématiquement et en tout état de cause, peut-être contestée par la famille du défunt !

 

Ouais c'est pas gai tout ça, mais faut prévoir, quand même ...

 

Donc, à moins que notre notaire, avec qui nous avons rendez-vous vendredi matin, ne nous sorte de son chapeau des nouvelles inespérées, le seul plan incontestable et sûr que j'ai trouvé, c'est de contracter auprès de ma banque une assurance vie au nom de mon copain qui lui permettra de racheter ma part de l'appart à mes vieux ...

 

C'est d'un glamour !

 

Ce serait pas plus simple qu'on ait le droit de se marier, non ?

 

Si Brigitte GOLDGBERG obtient ses 500 signatures, je vote pour elle ! Na !

Par Mathieu - Publié dans : Debout !
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 2 mai 2011 1 02 /05 /Mai /2011 09:29

Dans la pièce qui fait office de salon et de chambre, Rihanna réclame un parapluie.

Pendant ce temps, Alex sort de sa douche. Il a dégoté un T1 à l’angle de la rue Bouquière et de la rue Buhan.


C’est au deuxième étage d’une maison qui en compte trois. Pour y accéder, il faut emprunter un escalier extérieur dans une petite cour en pierre. Une des deux fenêtres de son appart donne sur cette cour. De l’autre côté, depuis sa salle de bain, il est plus haut que le toit d’en face. Du coup, il peut apercevoir l’entrelacs de calcaire formé par les cours, les escaliers et les toits, caractéristique de Saint-Paul. La piaule a été rénovée. Les murs sont rhabillés de plaques de plâtre recouverts de la gouttelette blanche facile à entretenir qu’on peut trouver dans 75% des logements voués à la location.


Au sol, dans la pièce principale, le plancher a pu être sauvé des couches successives de colle, héritées de deux décennies de moquette, réponse ultime aux nécessités du revêtement pas cher. Dans la salle de bain il y a des dalles de lino couleur craie au sol, et, bizarrement, les murs ont gardé leur pierre apparente, et le plus grand angle de la pièce utilitaire est cassé par une cheminée en marbre noir dont le foyer est refermé par une guillotine de la même couleur. Si son salon est tout ce qu’il y a de plus conforme à l’idée qu’on se fait d’une location, sa salle de bain, au moins, elle a de la gueule !

C’est sûr que quand l’immeuble a été construit, l’architecte médiéval, avec sa tauge et son chapeau à boudin, ne l’a pas forcément conçu pour être retaillés en 30 m² ! Alors du coup, on se retrouve avec des choses assez étranges en terme d’agencement.


Alex adore ! Et il se dit qu’il pourrait organiser des soirées géniales entre sa douche et sa brosse à dents …


Là il se prépare à sortir. Avec des copains du Girofard, il vont manger dans une pizzeria un peu plus bas dans la rue. C’est petit, très chaleureux, et le patron a, avec goût, apporté un peu d’Italie et même de Sicile dans son chapeau. La salle est du coup un peu kitsch, mais juste ce qu’il faut pour que ça reste Tendance. Décidément, le Baroque a encore de beaux jours !


Après, il ont prévu d’aller dans un bar LGBT, hétéro friendly tout en haut de la rue …
Le concept le branche bien … C’est un bar pour la communauté. Toute la communauté. Mais les gens qui sont justes sympathisants y sont aussi ouvertement les bienvenues. Dans ce monde un peu « normé », Alex ne se reconnaît pas toujours. Et à ce stade de sa vie, c’est important pour lui d’avoir le sentiment d’appartenir à un Monde qui lui ressemble. Pour autant, sa personnalité ne s’arrêtant pas à ses désirs, il déteste les ghettos. Alors, ce bar c’est un peu lui, là maintenant.


Ceci dit, il flippe quand même un peu. Il est passé plusieurs fois devant et n’a jamais osé rentrer. Si le haut de la porte affiche 6 tubes de néon aux couleurs qu’il connaît bien, les vitrines sont remplies de boites de pâté et de piments d’Espelette. 3 fois sur 4, lorsqu’il passe, une femme aux goûts vestimentaires franchement douteux se tient dans l’entrée, et parfois discute avec un gros nounours, assez beau mec au demeurant, dont l’oreille a été transpercée par un javelot pour y mettre un anneau dont il pourrait se faire un bracelet.


Les Giropotes lui assurent que c’est sympa, et dès la pizza terminée, tout le monde emprunte le grand et large virage pavé que forme la rue pour s’y rendre.


A l’entrée, nous avons toujours Miss Toomuch qui se fait la causette. En l’entendant, Alex comprend que c’est une trans en cours de transition qui trouve ici la compagnie que lui refuse tout le monde, y compris dans les autres bars gays de la ville.
Le beau barbu percé est en fait le patron. Et dans ce bar là, pas de strass, ni grand miroir, ni boule à facette. Ici, on mange du bon pain et du pâté basque sur des grosses tables en bois où on peut aussi jouer aux cartes. En fait, c’est une taverne gaiement saugrenue où les gros marins tatoués et les jeunes citadins stylés peuvent se rencontrer et s’embrasser, loin des regards de la rue et des clichés de certains autres bars.


Alex est instantanément séduit, et ceci n’a absolument rien à voir avec le gars en vareuse marine qui actionne les machines à pression comme s’il pilotait un paquebot. La musique est comme le lieu : Présente, mais pas omni, variée, hétéroclite et inattendue. C’est dans ce joyeux bazar qu’Alex passera sa première soirée dans sa rue. La rue-levier, la rue-coup-de-main, la rue-foyer, et maintenant la rue-potes.

Par Mathieu - Publié dans : Tranches de Vie à la bordelaise
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 20 avril 2011 3 20 /04 /Avr /2011 09:46

ptbg-tram.jpg Ce matin, je me suis encore retrouvé à faire le plancton sur les quais jusqu'à ce que mon cop-lègue arrive avec 10 mn de retard.

Il y avait mon couple Orlando-Lear.

Ils m'ont regardé. Matté plutôt.

Je pense qu'ils sont amoureux de moi.

C'est un monsieur qui a de grosses lunettes à la Henry Chapier et des cheveux roux qu'il "recouvre" pour pas qu'ils deviennent blancs.

Avec lui, y a sa "pouffe". Une femme de 60 ans qui a dû se le réver pendant des années avant de comprendre qu'il n'aimait pas les princesses qui ne pêtent pas, mais qu'il préférait les princes à la grosse coquille aussi bien monté que leur destrier.

Alors elle s'est résignée.

Elle a bénéficié du goût de son "meilleur ami" pour la mode.
Elle a une classe folle et a une voix de femme qui a beaucoup trop fumé à l'époque où elle écumait avec lui le gay-bordeaux.

Ils ont l'air d'avoir un commerce ensemble. Une affaire comme ça.

Les gens comme ça, ils se détestent car ils savent qu'ils sont la raison de l'échec de la vie de l'autre, mais ils sont complètement dépendants l'un de l'autre.
Eux, ils l'ont accepté. Ils ont conjugué leur sollitude.
Alors ils ne sont pas si malheureux. Pas plus que des gens mariés qui ne baisent plus depuis la naissance de la dernière en 83.

En plus ils partagent pleins de trucs, comme leur gout pour les chargés de recrutement trentenaires qui font le pied de grue tous les matins devant le tabac de la Porte de Bourgogne.
 
A chaque fois qu'ils me dépassent, ils se parlent entre eux et l'un des deux me lance une oeillade. Toujours. Tous les matins.
 
C'est agréable cette sensation de ne pas être anonyme à l'heure et à l'endroit où toute la ville se croise sur les 3 lignes de tram.
 
S'il faut je suis en pleine érotomanie et en fait ils se fouttent de ma gueule parce qu'à mon age, ils n'avaient pas de petit bidou et que eux, personne n'a jamais eu le toupet de les faire attendre devant un bureau de tabac urbain.

M'en fous. Ils savent qui je suis et fantasment mon existence comme moi la leur.
 
Après, mon cop-lègue est arrivé. On a pris la Matmobile et la journée à commencé.
 
J'aime ces matins où j'ai le temps de regarder un peu plus loin que le bout de ma montre et de mon agenda ...

Par Mathieu - Publié dans : En un regard
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 27 mars 2011 7 27 /03 /Mars /2011 13:29

1 h du matin. De retour de ma virée sabbatique.
Depuis quelques temps, je n’ai plus envie de prolonger ces voyages amnésiques jusqu’à pas d’heure. Je voudrais trouver une raison de me lever tôt le dimanche. Mais la vérité, c’est qu’il n’y en a aucune.

L’appartement est sans vie. Le pote avec qui je le partage est sûrement encore en train de draguer, défoncé par l’alcool et la musique.

Pas assez bu pour être assommé. Je sais très bien que je ne dormirais pas si je me couche. Au fond du salon, mon PC est en veille. Il suffit que je secoue la souris pour que s’ouvre à moi un monde qui me paraît en fait aussi étriqué que les bars éculés de la ville dans lesquels je traîne depuis bien trop longtemps à mon goût.

J’hésite un peu. Bien peu. Je me sers un dernier martini et commence à arpenter les colonnes des sites de rencontre en quête, au mieux du grand A, plus raisonnablement d’un long tchat vaguement intéressant qui arrivera à bout de moi.
Plus j’avance dans les pages du site, plus cette sensation de déception résolue s’empare de moi. Toujours les mêmes têtes. Les mêmes corps. Les mêmes fiches trompeuses ou désenchantées. Pas plus de raisons de faire de vieux os ici que dans le bar que je viens de quitter.

Page 3. Ah tiens ! Encore un agnostique qui cherche l’Homme de sa vie et qui vit en couple libre …

Page 5. Un couple de quadras sexy cherche un troisième pour trouver une raison de rester ensemble. Désolé les gars. Pas ce soir.

Page 6. Une fiche m’interpelle. Retour au temps du minitel. JH-BDX33. Je lui rend déjà grâce de ne pas donner de détail sur son anatomie dans son pseudo. Je ne supporte plus ces TTBM aux biceps inversement proportionnel à leur QI.

Au lire de son profil, il n’est pas agnostique, ni en couple, ne s’affiche pas comme un désespéré de la vie qui croit que les réponses à toutes ses attentes se trouvent à un clic de lui …
Son humeur du jour finit de me séduire : « Y a-t-il quelqu’un ici qui pourrait me faire un câlin. »

Je tente un premier contact. Comme d’habitude dans ces cas là, c’est con et maladroit. « Salut ! Tu fais quoi ? », comme si le gars allait me dresser son CV, la liste de ses occupations et les raisons profondes qui le poussent à réclamer un câlin à de parfaits inconnus sur un tchat gay à 1h du mat, au lieu d’être en boite avec ses potes ou au fond de son lit …

Mes entrées en matière sur internet sont toujours un peu foireuses. Certains ont fait leur spécialité du fait de se démarquer d’entrée de jeu en mettant au point des premières phrases de compétition …
Moi non. Je prends cette phrase pour ce qu’elle est, une invitation purement phatique n’ayant pour unique but que d’inviter le gars à consulter mon profil et à me répondre si je lui plais.
Il aura alors 3 clics possibles : « Répondre » dans le meilleur des cas, « Plus tard » qui mettra mon message dans sa file d’attente, et « Même pas en rêve », auquel cas je recevrais un bucolique « JH-BDX33 ne souhaite pas correspondre avec toi ».
Cette perspective rend l’attente toujours un peu angoissante et j‘avoue que mon égo supporte assez mal qu’en substance, on me réponde « Même pas en rêve ». Ce site a vraiment été conçu sur les bases les plus viles de la nature humaine !
 
Mais sur ce coup là, ça fonctionne ! JH-BDX33 me répond de façon un tantinet moins laconique, et le dial se met en place.

Ce qu’il y a de bien mais aussi de très piégeant avec internet, c’est que l’anonymat de l’échange le rend très fluide. Et bien souvent, on en apprend bien plus sur la vie des gens en une discussion qu’en 3 rencontres dans la vraie vie …

Internet exacerbe aussi les sentiments et on peut même arriver à tomber carrément amoureux de l’idée qu’on se fait de quelqu’un. Dans ces cas là, la douche peut être glaciale si rencontre réelle il y a.

Les messages de JH-BDX33 portent cette sage distance qui indique qu’il a été échaudé. Nous établissons ainsi un dialogue bien plus réaliste pour une première rencontre.

On est un peu pareil lui et moi. On ne trouve plus vraiment de plaisir à s’oublier tous les samedis dans les abus nocturnes. Mais la solitude crie bien trop fort pour nous laisser dormir tranquille.

tendresse2.jpg Après une relation de plusieurs années, lorsqu’on se retrouve seul, ce qui manque c’est la tendresse et ce sentiment stupide d’être à deux sur ses angoisses et ses succès.
Je crois que le moment où le sentiment d’isolement est le plus fort, c’est le matin lorsqu’on tend le bras sur la moitié froide du lit. C’est le dimanche lorsqu’on ne reste pas sous la couette car l’idée d’y être seul est insupportable. Lorsqu’on ne va pas au resto. Lorsqu’on entre seul au ciné. Putain de 24h à combler. Alors en fin d’après-midi se remplissent les cruising-bars, les saunas et CitéGay, comme si le sexe pouvait être une réponse à ce chaos affectif dominical.

Alors pour éviter ça, on discute toute la nuit de tout et de rien et on se donne un câlin numérique qui finalement vaut bien mieux que le plan cul inutile et pathétique du dimanche soir.

JH-BDX33 et moi avons le même age, le même vécu et les mêmes déprimes. Alors ça colle entre nous. Et après plus d’une heure à réaliser à quel point on éprouve le même vide, il m’écrit : « Viens ».

Je ne sais pas si je veux me confronter à sa réalité. Je ne sais pas si je veux courir le risque d’être déçu. J’aime beaucoup ce JH-BDX33, tendre et doux à travers le réseau Adsl. Je n’ai pas envie de savoir qu’il n’est peut-être pas comme ça. Je me laisse séduire par l’idée que je me fais de lui et s’il ressemble juste à tous ces gars qui s’offrent corps et âme en un clic, je perdrais tout le bien que me fait cet échange tombé du ciel.

Il doit sentir mon hésitation. Je mets trop de temps à répondre. Il doit lui aussi avoir peur d’être déçu …

Alors, pour me rassurer, il m’invite à relire son humeur. Il me donne son prénom et me fixe un RV auquel il ira, dans 30 mn, quoi qu’il arrive. 
C’est à peine le temps qu’il me faut pour y aller. Tant pis. Je réfléchirai en route.
En arrivant, je vois sa voiture. Il est assis dedans et en voyant la mienne, il en sort pour se montrer et finir de me rassurer.

S. est un garçon charmant qui ne doit pas avoir de difficultés à faire des rencontres. Lorsque je sors à mon tour de ma voiture, son sourire est franc, et son regard bienveillant. Je crois que les raisons qui me poussent à être là sont sincères et je sais maintenant qu’il n’y aura pas de déception ce soir.

Sans s’échanger plus de mots que nécessaire, on démarre nos voitures et je le suis jusqu’à chez lui.
Il habite un petit pavillon dans un quartier résidentiel. Il est très rare dans ces rencontres du net d’atterrir ailleurs que dans un appartement du centre ville et son choix de lieu de vie atypique participe à l’image de S.

En montant dans sa chambre, comme un vieux couple, nous ne nous parlons pas. Dans ma tête, nous venons d’éteindre la télé après une émission doucement divertissante et nous allons nous coucher.
Nous nous déshabillons. Entièrement. Sans pudeur et avec le naturel de ceux qui ont vu leur corps mille fois.
Nous nous couchons l’un contre l’autre. Sa peau et douce et chaude et n’éveille pas d’envie en moi. Nous nous embrassons presque chastement et nous endormons tout de suite avec la sérénité de savoir que notre premier contact au réveil ne sera pas du vide.

Au réveil, nous nous enlaçons encore, et, pour ne pas gâcher cette intimité désordonnée, nous nous levons avant que le désir ne s’affirme trop.

Je vais prendre ma douche sans avoir besoin de demander une serviette, comme si les lieux m’étaient familiers. Pendant ce temps, il a fait couler le café que nous buvons ensemble, en silence, comme si nous avions eu des années ensembles auparavant pour tout nous dire.

Nous avons échangé nos numéros de téléphone, puis je suis reparti dans la réalité complètement réchauffé par cette évasion étrange, rempli de confiance en l’avenir.

Dans les mois qui ont suivi, lorsque les nuits étaient trop longues, on s’envoyait des alertes et on se rejoignait dans son lit pour voler encore un moment d’intimité.

JH-BDX33 fut le premier en rencontrer quelqu’un qui comblerait définitivement ses absences. Et quand il a cessé de répondre à mes alarmes nocturnes, j’ai compris qu’il avait participé à ouvrir une place dans ma vie et que je craindrais moins l’avenir, fort des ces moments dérobés au présent. 

Par Mathieu - Publié dans : Mon p'tit coeur tout mou
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Rechercher

Parlez de moi ...

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés